Délais et autres courants d’air
Jérémie Setton
Vernissage le samedi 16 mai 2026 entre 11h et 19h
Lecture performée de l’artiste en compagnie de la poétesse Estelle Savini prévue pour 12h
Exposition du 15 mai au 4 juillet 2026
Dans le cadre du 18e Printemps de l’Art Contemporain
La pratique de Jérémie Setton développe une exploration des formes fondée sur les phénomènes d’apparition et de disparition.
Résolument peintre, il s’attache à déplacer les enjeux de la peinture dans l’espace en élaborant une grammaire du geste liée aux phénomènes d’écoulement, de dépôt et de dispersion. Ces déplacements de la matière prolongent, dans le champ de la pensée, les trajectoires physiques de l’exil.
Dès sa première exposition au Château de Servières en 2010, dont le titre* palindrome, choisi pour sa bascule grammaticale, faisait écho au renversement spatial de la proposition plastique, l’artiste plongeait le spectateur dans une dimension d’étrangeté : des ombres gommées où le déplacement des corps redonnait leur profondeur aux objets.
Quinze ans plus tard, la question du déplacement se rejoue dans une épaisseur temporelle, inscrite dans la matière même et le feuilletage des cimaises. À la manière d’un archéologue, l’artiste exhume des strates pour faire réapparaître ses interventions passées. Il mobilise ainsi des gestes et des réflexes issus de sa première formation en restauration-conservation, semant dans l’espace d’exposition des indices qui orientent le regard.
Avec Délais et autres courants d’air, il est question de rythme, d’accélération et de souffle : une impulsion qui s’évanouit pour mieux rebondir avant de venir se fixer dans la matière. L’empreinte constitue elle aussi un leitmotiv, une ponctuation qui se décline sous différentes formes. Elle évoque parfois le suaire de Turin, dans une forme de célébration profane de l’art conceptuel. Ailleurs, elle prend l’allure d’une voie de circulation, se prolonge dans le sillage d’une ligne d’horizon et accompagne le regard dans son déplacement. Empreintes encore, cette fois figées dans la matière, avec la série des Dessins corpusculaires, dédiée à la luminescence, ainsi qu’avec cette « table de désorientation » qui installe le visiteur au cœur même du projet.
Au-delà de ces enjeux perceptifs, les notions de disparition et de résurgence déjà insérées dans la dimension temporelle se déploient dans une acceptation plus intime et historique. L’artiste puise dans une trame mémorielle, en s’appuyant notamment sur des recherches menées dans les archives familiales, où se croisent souvenirs personnels et histoire collective.
L’ensemble de la pratique de Jérémie Setton, enrichi par les pièces conçues in situ ou spécialement produites pour ce nouvel opus, concourt à créer un espace d’observation active, où se déploie une appréhension de l’intervalle à partir de prélèvements, d’emprunts et d’apparitions.
L’exposition Délais et autres courants d’air propose d’établir de nouvelles correspondances dans un jeu de circulations et de lectures plurielles.
Martine Robin
*Si Didon rêvait là-haut, Théo la verrait donc d’ici
Vues de l’exposition Délais et autres courants d’air (disponible prochainement)